Le dragon blessé

Posted by Kaliom L. on sept 21, 2008

On ne peut pas dire que je sois à la fête ces derniers temps au niveau moral… Il y a des périodes, où on ne sait pas pourquoi malgré toute l’énergie qu’on déploie, on se heurte a un mur infranchissable. C’est un peu la sensation que j’ai, et quand je me retrouve dans cette situation où je n’arrive pas avancer sur les fronts que je juge important, j’ai un petit truc perso qui en général me permet de me faire du bien et de me redonner l’énergie pour reprendre mes projets : il s’agit d’ouvrir un vieux texte, et d’essayer de le corriger, de l’améliorer, mais sans évidemment le dénaturer… C’est ce que j’ai fait avec cette nouvelle qui suit. Il s’agit d’un texte que j’ai écrit en juin 2006, et il a la particularité d’être le texte qui a fait renaître mon univers après une grosse période sans écrire. C’est aussi avec lui que j’ai pu explorer le concept de bêta-lecture pour la première fois… Peut-être faut-il y voir une symbolique, mais en tout cas, j’ai pris plaisir à le retravailler. J’espère que ce sera également votre cas. Vous pouvez le télécharger sous format pdf, en faisant un clic secondaire sur ce lien : le dragon blessé ou si vous préférez, je glisse ci-dessous la version html :)

 

J’espère que vous ferez bonne lecture. :D

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 Le dragon blessé

Une vieille légende court parmi les gens de Tardoff. Une légende qui parle d’un dragon qui s’échoua en plein milieu des tours de la cité écarlate. Une histoire qui remonte presque à deux cents années, bien après la disparition du Dieu déchu, bien après l’avènement de la chevalerie sur les anciennes terres de cet être maudit.
A cette époque, les dragons n’étaient déjà plus légions, et en voir ne serait-ce qu’un seul voler à l’horizon relevait du miracle. Il faut pour expliquer cela savoir que le Dieu déchu avait vu en cette race indomptable, un pouvoir capable de contrer toutes ses manigances, et craignant toute forme de puissance qu’il ne pouvait maîtriser, il avait suivi sa nature primitive d’homme en les détruisant tous un par un.
A la mort du Dieu déchu, après le sacrifice de Siegfried, alors que la chevalerie prenait tout juste naissance au sein des différents royaumes libérés du joug de l’oppresseur, la logique aurait voulu que les choses changent. Que pour tout le mal qui avait été fait, le bien soit rendu, mais les dragons continuèrent à être pourchassés, que ce fut pour le trésor qu’ils étaient sensés garder, ou bien simplement par l’envie de prestige de guerriers sans valeur morale réelle. Ce faisant les dragons devinrent eux-mêmes agressifs, ce qui ne pouvait engendrer que la haine et le désir de mort de tous les partis.
C’est dans ce contexte bien particulier aux anciennes terres de Valkan, qu’un dragon blessé s’échoua de nuit en plein milieu de la forteresse des sables de Tardoff. Nul n’aurait su dire pourquoi la créature s’était posée à cet endroit précis, en plein milieu de la place du marché qui heureusement était vide lorsqu’elle s’était écrasée en catastrophe.
Le dragon, un magnifique dragon d’or comme n’en avait jamais vu les habitants de la cité écarlate, était très mal en point : couché sur le côté gauche respirant à plein poumon, le regard contemplant une chose que nul ne pouvait apercevoir, et surtout incapable, apparemment, de se relever.
C’était une situation extraordinaire à bien des égards, car qu’est-ce qui avait pu pousser cet animal mythique à venir s’écraser dans une ville d’homme ? Et que pouvait bien avoir cette créature si puissante pour qu’elle soit dans l’impossibilité de se redresser ? C’était autant de questions sans réponses que tous les habitants du royaume venaient se poser, en l’observant inerte sur le pavé brûlant de la cité.
Mais bien vite les marchands qui auraient dû occuper cette même place du marché virent d’un très mauvais œil la lente agonie du monstre. Ce démon était très nuisible pour leurs affaires, et peut-être bien que la mort d’un dragon d’or maudirait à jamais les profits dans la région. N’écoutant que leur cupidité, ils en vinrent à demander à ce que la créature soit immédiatement tuée afin qu’au moins, il soit possible de reprendre possession rapidement des lieux.
Les bourgeois et les nobles se mirent alors de la partie invoquant que c’était scandaleux que l’on puisse laisser une telle chose en liberté entre les murs de la forteresse. Ils invoquaient l’odeur de mort qui en émanait, ils invoquaient la peur que soudainement le monstre se relève et détruise tout. Ils invoquaient purement et simplement leur droit à ne pas s’intéresser à une autre forme de vie que la leur.
Faisant pression à l’aide des marchands étrangers, ils firent en sorte que la régente du royaume soit dans l’obligation de trouver une solution à ce problème, et ce dans la journée, si elle ne désirait pas que son titre fraîchement acquis ne soit d’une façon ou d’une autre révoqué. Sa position de dirigeante ne lui permettant pas de protéger le dragon, elle décida de remettre son sort entre les mains de trois chevaliers provenant de royaumes différents. Elle espérait ainsi obtenir un peu de temps et surtout une alternative à la destruction de la créature. Mais rigide et forte comme les femmes de Tardoff, elle se plierait à la décision des trois hommes d’honneur.
Les chevaliers étant déjà en ville, il ne fut pas difficile de les convaincre de venir siéger à une table ronde installée juste devant le dragon, afin que chacun puisse se faire une idée de la situation et décider de son sort en son âme et conscience.
Il fut donc convenu que le conseil des chevaliers se réuniraient juste après l’heure du déjeuner, bien que la place serait alors inondée du soleil implacable du désert. Mais à l’heure dite, seuls deux guerriers furent présents. Le chevalier d’Andolie, frêle petit homme aux allures de mage, portant une armure d’un noir si terne qu’elle ne renvoyait pas la lumière, et le géant du royaume d’Horqmurte, combattant à la carrure fantastique, paré de son armure blanche couverte de différentes petites runes au sens caché.
Le dernier chevalier se fit attendre, laissant tout le loisir à ses vis-à-vis de détailler le dragon sous toutes les coutures. La foule aurait pu s’attendre à ce qu’ils entament le débat, mais aucun des deux ne rompit le silence, chacun observant la créature avec un fort désir de possession, quand ils ne se défiaient pas mutuellement des yeux.
Ce ne fut que plus tard qu’arriva le dernier des trois chevaliers, celui-ci portait l’armure traditionnelle de Tardoff, qui possédait pour seule étrangeté sa couleur écarlate, qui évoquait celle des murs de sa cité.
Après s’être frayé un passage au milieu de la foule qui contemplait avec stupeur et admiration l’étrange attraction, il s’avança sans attendre vers le dragon, mais un instant ses yeux quittèrent celui-ci pour se promener au loin sur les fenêtres des tours avoisinantes. Certains auraient pu penser qu’il cherchait l’inspiration et ce n’était pas si loin de la vérité, car son regard se porta sur un balcon, d’où une femme en armure écarlate et sans heaume observait la scène. Ses longs cheveux noires battaient sous le vent chaud du désert, et même de si loin le chevalier sentit son regard fort et déterminé, il sut alors que la régente n’avait pas pour intention d’autoriser la mort de la créature. Il eut un instant l’impression que ce regard souverain cherchait à le tester, mais le dragon poussa alors une sorte de râle presque étouffé.
Le guerrier se mit donc à le scruter avec patience : d’abord ses yeux comme éteints ne possédant pas la moindre étincelle de vie, puis le nez du dragon dont s’écoulait de la morve. Il s’attacha également à observer ses écailles dorées, brillantes et dures comme une armure. Des écailles faisant songer à de l’or. Un instant il pensa qu’il y aurait sans doute de quoi reconstruire Tardoff entièrement avec toutes les richesses que portait sur lui cette gigantesque créature. Mais à ce moment précis, il sentit comme une pointe sur sa nuque, et se retournant, il vit au loin la régente qui immobile le toisait du regard. Il se décida alors à rejoindre les autres membres de son ordre.
Ceux-ci étaient restés silencieux observant son manège avec une sorte de mépris chargé de reproches.
— Et bien vous en avez mis du temps ! dit avec agressivité le colosse d’Horqmurte. Vous n’avez aucun respect pour nous pour contempler cette créature sans même nous adresser la parole !
— Pour une fois qu’un chevalier de ce pays de barbare dit vrai, je ne ne le contredirai pas, ajouta l’Andolien.
Le Tardoffien se contenta d’acquiescer silencieusement.
— Bien ! Alors cessons de perdre notre temps, reprit le géant. Je propose que Tardoff me donne le droit de tuer ce dragon, cela permettra ainsi à nos deux royaumes de tisser des liens d’amitiés solides.
— Et à vous de rajouter un dragon à la légende de votre épée, répondit immédiatement le Tardoffien d’une voix distante et lointaine. Il semblait répondre en pensant à autre chose.
— Un dragon presque mort, ajouta alors l’Andolien. Vraiment ! Vous êtes des guerriers sans honneur dans votre pays de sauvage. Non ! Laissez ce dragon à mes soins, je le tuerai pour ensuite l’étudier, les érudits de chez moi seront heureux d’avoir un grand spécimen de cette créature. En plus un dragon d’or ! C’est si rare !
— C’est justement l’or qui se trouve sur ce dragon qui vous intéresse, votre cupidité se sent à des milles à la ronde ! répliqua le Tardoffien.
— Voilà qui est bien dit, renchérit l’homme d’Horqmurte. Au moins je ne fais les choses que pour le prestige, je suis incorruptible.
— Laissez-moi rire ! Si je suis cupide, vous l’êtes aussi, mais vous c’est de gloire ! répondit le chevalier de plus petite taille défiant de ses yeux brûlants l’immense guerrier, qui se trouvait devant lui.
Alors les deux chevaliers commencèrent à se disputer, révélant la noirceur de leurs pensées et de leurs âmes, invoquant de vieilles rivalités entre royaumes, chacun cherchant à imposer son esprit à l’autre. Chacun se vantant de ses exploits, chacun cherchant à prouver que sa vision de la chevalerie était la meilleure. Au bout de cinq minutes, ils en avaient oublié la raison de leur dispute. Le dragon n’étant alors que la récompense d’un débat d’idées stériles reposant sur des notions d’ego. Ils oublièrent également l’homme de Tardoff, qui au bout d’un instant s’écarta de leurs joutes verbales.
Tandis que les combattants des pays d’Horqmurte et d’Andolie s’affrontaient à coups de mots, effleurant parfois de leurs doigts la garde de leur épée, comme en signe qu’ils étaient prêts à en découdre par les armes s’il le fallait, le chevalier Tardoffien prit place à la table. Ayant choisi son  siège avec soin, il pouvait contempler aussi bien le regard du dragon qu’au loin la silhouette de fer rouge de la régente du royaume. Elle paraissait ne pas avoir fait le moindre mouvement depuis le début de la conversation, mais le chevalier n’en fit que peu de cas, car son attention toute entière se portait sur le dragon.
Pendant que ses équivalents chevaleresques se disputaient, il passa le clair de son temps à observer dans les détails les attitudes du dragon, prêtant attention à la lenteur de sa respiration, à ce regard qui paraissait si mort, à la façon dont les oreilles remuaient aux intonations des voix, ou bien encore à la manière dont la cage thoracique immense se soulevait.
Au bout d’un certain temps, quand l’ombre des tours commença à s’étendre sur la place, les deux guerriers semblèrent tomber à court d’arguments. Tout avait été dit entre eux, chacun pouvant dès à présent savoir qu’aucun des leurs ne serait le bienvenu dans le royaume de leur vis-à-vis. Ils ne leur restaient qu’à se défier en combat singulier pour avoir la conclusion de leur petite rixe. Mais trop éreintés par leur joute verbale et par le soleil de plomb, ou cherchant simplement une cible plus facile à atteindre, ils décidèrent de revenir au sujet du dragon en invectivant le Tardoffien.
— Et vous, que pensez-vous de tout ça ? questionna avec autorité le colosse d’Horqmurte. Je pensais les hommes de Tardoff réfléchis, mais peut-être qu’ils ne parlent pas, car ils sont idiots !
— Ça ne m’étonnerait pas, rajouta l’Andolien. Si vous saviez ce que l’on raconte dans mon pays. D’ailleurs que peut-on dire d’un peuple qui a causé la souffrance et la terreur de tous les autres ? Réfléchis non, juste très peureux de prendre la moindre position !
Le chevalier écarlate déporta alors son regard du dragon, et après une furtive observation de l’une des tours de la citée, il répondit :
— Au moins ce débat aura permis de voir comment vous jugez mon royaume par rapport aux vôtres. Cela dit, le débat ne concernant pas la politique, je me contenterai d’informer qui de droit au moment voulu. Mais revenons-en au dragon si vous le voulez bien. Que pensez-vous de son état de santé ? Un chasseur de dragon comme vous Combattant d’Horqmurte doit posséder l’expérience pour comprendre son état. Et vous Guerrier Érudit d’Andolie, votre sagesse connaît forcément les subtilités des faiblesses des dragons ?
Les deux hommes ne trouvèrent soudainement rien à redire, tellement épuisés d’avoir parler pendant de nombreuses heures, ils ne pouvaient parvenir à trouver une réponse à cette question bien étrange et si directe.
— Bien ! C’est ce que je pensais, fit le Tardoffien. Aucun de vous ne connaît les dragons et encore moins leur style de vie. Pour ma part, je pense que ce dragon n’est pas agonisant !
— Mensonge ! répliqua le géant en armure blanche.
— Vous ne pouvait pas croire ça ! Tout montre qu’il agonise ! affirma l’homme d’Andolie.
— En apparence, sourit alors le Tardoffien. En apparence ! Si vous l’aviez observé de plus près. Vous auriez remarqué qu’aucune blessure n’est visible. Ses ailes sont en parfaites état, il n’est pas parcouru de spasmes, ce qui à mon sens écarte la maladie. D’ailleurs les dragons ne tombent jamais malade à ce qui est dit.
— C’est de la vieillesse ! Tout simplement ! répliqua le guerrier en armure noir.
Le colosse d’Horqmurte garda alors silence ne trouvant quoi répondre.
— On pourrait dire cela, répondit alors le Tardoffien. Mais je ne pense pas que cela soit le cas, c’est un jeune dragon, me semble-t-il, il n’y aucun signe apparent de vieillesse. Ses écailles brillent comme une armure fraîchement polie. Et il n’y pas la moindre trace de blancheur à ses sourcils, non je ne crois pas que ce soit de vieillesse.
— Il est simplement harassé ! fit alors le chevalier blanc.
— J’ai pensé cela au début, dit l’homme en armure rouge. Mais la vérité c’est que je crois que ce dragon va très bien. Ce qui l’a mené ici c’est l’espoir, l’espoir d’un monde meilleur !
— Vous êtes fou ! répliqua le guerrier d’Horqmurte.
— Et pourtant j’en suis persuadé, n’avez-vous pas remarqué comme ses oreilles s’agitent quand on parle de lui ? Ne remarquez-vous pas que son regard est plus pénétrant depuis quelques minutes ? En vérité, je pense que nous sommes face à une épreuve. Le peuple des dragons donne une chance à la race des hommes de repartir sur de nouvelles bases. Si nous prenons la mauvaise décision, nous condamnerons à jamais les chances de paix entre nos deux grands peuples.
— Sornette ! fit le géant. Je ne resterai pas à entendre de telles bêtises. Mon royaume n’a pas besoin de Tardoff.
Et le chevalier blanc s’en alla d’un pas vif et puissant, la foule s’écartant devant lui. Le Tardoffien porta alors son regard sur l’Andolien :
— Bien ! Il ne reste plus que vous pour débattre ! Voulez-vous toujours ce dragon pour votre richesse personnelle ?
Le chevalier noir d’Andolie sembla alors comme indécis, il observa avec envie le ventre rond et doré de la gigantesque créature, puis il porta son regard sur celui du chevalier écarlate. Il n’y trouva que résolution et froideur. Mais soudainement, comme piqué lui aussi à la nuque, il se retourna pour observer les tours de la forteresse, son regard rencontrant la silhouette rouge et déterminée de la régente de la citée du désert, le petit homme sembla perdre encore davantage de sa stature. Alors sans attendre son reste, il s’enfuit en trébuchant au milieu de la foule qui lui laissait à peine la place de s’en aller.
A ce moment-là, le guerrier à l’armure écarlate se leva, et dit bien haut :  
— Le conseil des chevaliers a siégé. Voici sa décision : le dragon est un invité de marque parmi nous. Une chance d’ouvrir notre porte à une nouvelle ère, et surtout un moyen de réparer nos erreurs du passé. Qu’il soit dit dans les légendes que Tardoff, la forteresse écarlate, offre l’asile aux dragons. Nous avons beaucoup détruit par le passé, maintenant construisons !
En réponse, la foule acclama la décision du chevalier. Et comme en verdict le dragon se redressa. En une fraction de seconde, il parut retrouver la force et la prestance de ceux de son peuple. Il contempla la foule avec un regard plein de vie, puis porta son attention sur le guerrier, qui comparativement paraissait minuscule. Beaucoup aurait porté la main à l’épée, mais lui ne le fit pas.
Sûr de son jugement, il l’observait avec toute la bienveillance que son cœur put lui permettre d’avoir. Ce fut alors au tour du dragon de détourner la tête vers les tours de la cité, il scruta avec intérêt la silhouette féminine se trouvant sur l’un des balcons, puis il abaissa la tête comme en signe de déférence. Puis à coup de puissants battements d’ailes, il s’éleva dans le ciel pour disparaître très rapidement à l’horizon, semblable à un coursier devant rendre un message de haute importance à sa reine.
Le chevalier observa également dans la même direction, mais la régente ne s’y trouvait déjà plus.
On raconte que deux jours plus tard, les dragons revinrent s’installer dans la région désertique de Tardoff. Les chevaliers de la garde en devinrent donc les protecteurs, les préservant au maximum de toutes les cruautés des autres royaumes des hommes. C’est également depuis ce jour que l’armure écarlate de la régente de la forteresse du désert porte dans son dos, caché sous ses longs cheveux noires, un blason représentant un dragon d’or. Un symbole évoquant la force de conviction et de jugement des femmes du désert.


La mémoire de l’eau

Posted by Kaliom L. on août 24, 2008

Un autre petit conte, vraiment très court. A la base, je l’ai écrit alors que je devais m’inspirer du thème : “la mémoire de l’eau” pour écrire un poème. L’ennui, c’est que je n’arrivais pas écrire de poèmes (et je n’y arrive toujours pas d’ailleurs), alors je me suis rabattu sur l’idée d’un texte court, où je ne me sentirais pas limité par les rimes, ou la taille des vers… ça donne cette petite histoire, qui est relativement proche de l’ébauche, ce qui m’a donné l’envie de reprendre le personnage d’Aldroun pour un texte du nom de “Mylunie”, et qui se déroule à Mirador… Mais c’est une autre histoire, vu que ce texte est en cours d’écriture ;)

En attendant, si jamais ce petit bout de mon univers vous tente, je vous invite à faire un clic secondaire avec votre souris sur ce lien : http://www.lesterresdekaliom.motsetlegendes.com/la_memoire_de_leau.pdf  et de faire “enregistrer la cible sous” pour charger le pdf. Sinon, il vous reste la version html qui me parait bien moins agréable, car je n’arrive pas à garder le formatage d’origine du texte.

Dans tous les cas, j’espère que ce sera une lecture intéressante…

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La mémoire de l’eau

A Mirador, la cité du bord de mer, un vieux pêcheur du nom d’Aldroun racontait à qui voulait l’entendre : une histoire fabuleuse. Il parlait avec plaisir et les yeux pleins de rêve d’un endroit bien mystérieux, situé quelque part sur la côte. Une crique abandonnée où jadis, selon lui, les sirènes venaient se détendre et prendre le soleil. C’était une plage merveilleuse, où le sable fin laissait le corps se détendre, tandis que l’âme se perdait dans la contemplation de l’horizon.

Selon le vieil homme, il se trouvait là bas, parmi les rochers, un petit trou d’eau bien étrange qui semblable à un miroir renvoyait de curieuses images. Il avait raconté à tous les passants qu’il y avait vu de biens jolies femmes, des bateaux merveilleux, des richesses comme nul ne pouvait l’imaginer. Mais aussi des créatures fabuleuses comme des dragons des mers, ou même des fées ou bien encore, un être tellement sombre et charismatique qu’il ne pouvait s’agir que du dieu déchu Valkan en personne !

Néanmoins personne ne voulait le croire, et encore moins l’accompagner dans un dangereux voyage pour vérifier si ses dires étaient vrais. Si bien qu’Aldroun passait pour fou dans toute la cité. On se moquait de lui ouvertement, plaisantant dans son dos et refusant le fruit de sa pêche. A son âge avancé, sa vie n’était déjà pas facile, mais à cause de cette mauvaise réputation, il devait à présent s’épuiser à parcourir de longue distance pour vendre son poisson.

Étant un homme vertueux et loyal, il ne supportait pas que l’on puisse remettre en doute sa parole et lentement son état de santé vint à décliner, à mesure que les gens de leurs propos acides attaquaient son honneur.

De toute façon, si personne n’était là pour l’écouter, à quoi bon s’obstiner à vivre ?

Ses pensées étaient sombres et bien souvent son regard jadis rêveur n’était plus que douleur et souffrance. Le pêcheur souriant n’était alors plus que l’ombre de lui-même.

Un jour, pourtant, Mylon se présenta à lui. C’était un jeune barde provenant à la vue de ses habits du royaume de Derhiom. Ce garçon, étant fils de pêcheur, se prit de pitié pour le vieil homme et lui demanda de le mener dans la mystérieuse crique, afin de pouvoir regarder l’étrange trou d’eau.

Le jeune homme put alors y voir bien des choses étranges, des choses qui n’était pas forcément les mêmes que celles décrites par le vieux pêcheur. Lui y vît des souvenirs de son enfance au bord de mer, il vit la demoiselle qu’il avait tant aimée et qui avait disparue lors d’un naufrage. Il observa, impuissant, la lutte de celle-ci contre les courants marins, et la façon dont si belle, elle avait trouvé le repos au fond des océans. Il aperçut ensuite une bataille entre deux navires, puis un coffre au trésor englouti sous la surface de l’eau, non loin d’un endroit qu’il connaissait bien dans son pays.

Le ménestrel sans attendre demanda au vieil homme de le ramener à Mirador, et de là, les deux amis partirent par la mer en direction du royaume de Derhiom, où ils découvrirent, exactement là où le trou d’eau l’avait montré, un coffre plein de richesses.

Dès lors, le vieillard n’eut plus jamais à travailler car il possédait à présent une fortune telle que nul à Mirador n’aurait osé se moquer de lui. Pour sa part, le barde abandonna sa vie de voyage pour vivre de la pêche, et ainsi passer des heures et des heures à contempler le trou d’eau, le regard rêveur et un sourire aux lèvres. Comme en admiration devant les mystères de l’univers.

Quand parfois on lui demandait ce qu’il faisait tout seul, là-bas perdu dans cette petite crique, il n’était pas rare de le voir bien embarrassé et incapable de répondre. Pourtant, le vieil Aldroun lui savait fort bien ce que faisait son ami. Ce dernier épiait les secrets de l’océan, comme si ce dernier, au travers de l’étrange trou d’eau, lui racontait tous ses souvenirs. Lui faisant découvrir des merveilles que nul homme n’avait pu voir en remplissant son coeur de poète de milliers de récits fantastiques qu’un jour il pourrait écrire dans un livre. Un livre que Mylon pourrait dans bien des années et des années d’observations et de patience nommer : “La mémoire de l’eau”.


Le prince devenu sapin

Posted by Kaliom L. on août 17, 2008

Pour ce nouvel article, je vous invite à lire l’un de mes vieux contes. Ce dernier avait connu une première écriture quelque part entre 2000 et 2002. Il était alors bien différent, car je sortais de ma lecture des 3 tomes du “seigneur des anneaux”, et mon univers en avait subi l’influence vu que je me mettais à parler d’elfes et de nains… Néanmoins, on y retrouvait l’un de mes personnages favoris : Annabella, la sorcière. Créature aussi belle que dangereuse que l’on rencontrait de façon bien plus présente dans le roman que j’écrivais à l’époque.

Je ne le savais pas encore, mais je commençais déjà à faire ce que je fais à présent, à presque chaque fois, c’est à dire bâtir mes histoires avec des petites références à d’autres des miennes et inclure certains de mes “vieux” personnages au récit pour solidifier l’ensemble… Mais à l’époque, je ne savais pas ça, et la nouvelle était assez branlante…

Je l’ai finalement réécrite entièrement vers Noël 2006, et j’en ai changé beaucoup de choses. A la base, il y a avait un prologue, et surtout l’histoire était racontée à la princesse Katerina, princesse fort importante pour mon roman également. Mais en reprenant la nouvelle, je me suis rendu compte que ça ralentissait le tout, et surtout qu’il était très dur de mettre un cadre à un conte si court, j’ai donc décidé de zapper cette partie, et de ne garder que l’idée d’histoire qui est racontée, mais cette fois-ci au lecteur directement.

Je vous joins-ci dessous la version html, mais vous pouvez télécharger un pdf sur ce lien le_prince_devenu_sapin.pdf qui sera bien plus agréable à lire. Pour éviter tout plantage avec votre navigateur, faites “enregistrer la cible sous” en cliquant sur le lien. ;)

Merci Miss J. pour les corrections sur le texte rose:

J’espère que ce sera un bon moment de lecture pour vous…

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Le prince devenu sapin

 

Il était une fois un royaume dirigé par le prince Guilthias. C’était un homme à la réputation terrible, on le disait froid et sans cœur, se jouant de la bonté des autres et ne portant que peu de respect à ses semblables. Il paraissait sans cesse en colère et ses propos étaient toujours amers et acérés, si bien que personne n’osait l’approcher et encore moins l’aimer.
Son caractère était tel que son peuple en vint à chercher un moyen de l’apaiser. Mais rien n’y faisait : qu’il s’agisse de fêtes ou bien de tournois de guerriers, rien ne pouvait distraire leur seigneur. Celui-ci était pourtant un vaillant guerrier et sortait victorieux de la moindre joute. Son tempérament belliqueux lui avait offert l’opportunité de maintes petites batailles, mais même la sueur et le sang ne parvenaient à le divertir.
Alors les villageois firent courir la rumeur que quiconque parviendrait à charmer leur souverain finirait par devenir Reine du royaume. C’est ainsi que de nombreuses femmes demandèrent à rencontrer Guilthias. Tout homme aurait été bien heureux de voir de si magnifiques créatures frapper à sa porte, mais le prince ne leur prêtait pas la moindre attention. Il y avait pourtant parmi celles-ci des princesses belles comme le jour, ou bien de jeunes demoiselles aussi pures que le ciel, mais aucune ne semblait à son goût.
Pourtant de temps à autre, il passait de longs moments avec certaines d’entre elles, alors tout le monde pensait qu’il allait enfin tomber amoureux et que son caractère s’en trouverait changé. Mais il ne fallait généralement pas longtemps pour que la jeune fille ne termine en larmes sous un flot de paroles acerbes et cruelles.
Au bout d’à peine quelques semaines, le nombre de femmes au cœur brisé fut si grand qu’elles choisirent de se venger de cet homme qu’elles maudissaient. Elles s’arrangèrent donc pour contacter la seule créature capable de pouvoir séduire Guilthias : Annabella la sorcière ! Il s’agissait d’une enchanteresse à la beauté incomparable qui n’avait pas son pareil pour déstabiliser et détruire ceux qu’elle choisissait de charmer. Elle était si belle que peu d’hommes auraient pu penser que sous ses traits délicats se cachait la plus puissante des sorcières des anciennes terres de Valkan.

Pendant les premiers jours, Annabella semblait véritablement occuper l’esprit et le cœur du prince, ils passaient tous deux beaucoup de temps à se promener, parlant des heures et des heures de boutades et autres choses insignifiantes. Guilthias riait plus que d’accoutumée et son peuple le pensait séduit à jamais par l’enchanteresse. Pourtant, vint un moment au cours d’une excursion non loin du village où il reprit subitement ses anciens travers, se mettant à insulter ouvertement la sorcière, se moquant de ses pouvoirs et lui révélant qu’au final il n’avait fait que semblant de l’aimer.
Annabella fut si furieuse qu’elle décida de le changer sur-le-champ en un sapin. Un sapin magnifique mais aux épines terriblement piquantes, un arbre que l’on pourrait admirer sans jamais pouvoir l’approcher.
Les villageois se rendirent bien vite compte du maléfice ayant atteint leur prince et dans leur bonté, ils convoquèrent des mages Andoliens pour tenter de le désenvoûter. Mais Annabella était trop puissante pour que quiconque puisse vaincre un de ses sortilèges, si bien que Guilthias fut condamné à rester ainsi jusqu’à la fin de sa vie d’arbre.
  
Le temps défila et tout en restant un sapin qui ne grandissait jamais, il vit que les habitants de son royaume ne l’oubliaient pas. Certains venaient le saluer, d’autres venaient lui raconter des nouvelles des contrées voisines, parfois des âmes tristes pleuraient à ses pieds et lentement son ancienne rancœur commençait à disparaître. Il vit le monde différemment et quand il était témoin d’une injustice, il voulait agir pour changer les choses. Mais pétrifié comme il l’était, il n’était qu’un témoin silencieux de tout ce qui arrivait.
Il s’aperçut également que son peuple vivait de plus en plus mal, la famine s’installait, les hivers devenaient plus rudes d’années en années. Il fut alors pris de compassion quand des êtres qu’il avait appris à aimer se mirent à perdre la vie à cause de la faim et du froid. Dans un même temps, une rumeur de guerre s’intensifia et bien vite des barbares du nord prirent d’assaut le royaume. Ils ne firent pas de quartier, tuant et massacrant femmes et enfants de leurs épées, brûlant et pillant la moindre maison. Le château fut également anéanti sous les flammes et jamais de sa vie, le prince n’eut tant envie qu’en ce jour sombre de sortir l’épée pour défendre les siens.
A cause de sa malédiction, il fut l’unique rescapé et une fois les barbares partis, il vécut de nombreuses années seul et abandonné. La solitude pesait tant sur son cœur, que chaque jour, il faisait le souhait que sa vie se termine. Il aurait tant voulu ne pas survivre à son peuple, il aurait tant aimé vivre différemment, ne pas être aussi amer et savoir apprécier ce qu’il avait possédé. Souvent, il songeait que s’il pouvait revivre sa vie d’homme, il se montrerait gentil et bon, prenant soin de ne blesser personne. Mais il n’était plus qu’un arbre solitaire et isolé au milieu d’une clairière, le temps lui offrant une longue méditation sur ce qu’il avait été.

C’est alors, tandis que la neige tombait à gros flocons et que l’un des pires hivers qui soient soufflait sur lui, que sortit des bois une centaine de personnes. Il y avait parmi eux des femmes, des enfants et des hommes. Ils ressemblaient à des exilés, leurs vêtements étaient usés et trop fins pour affronter des bourrasques de vent glacé.
Ces pauvres gens furent si étonnés de rencontrer un arbre isolé ainsi au milieu d’une clairière qu’ils décidèrent d’installer leur campements autour de lui. Bien vite, il fut question de hache pour couper du bois et faire du feu, mais le chef protégea le prince en disant que ce sapin était le seul arbre digne de porter les espoirs de sa famille.
Guilthias ne comprit alors pas ces étranges paroles, mais quand les feux furent allumés, le chef s’approcha de lui avec à la main une sorte de très longue guirlande. Celle-ci était faite de pierres précieuses si belles et raffinées que le prince lui-même n’en avait jamais vues de pareilles de sa vie. Pendant qu’il s’interrogeait sur cette mystérieuse décoration, cette dernière fut glissée avec soin entre ses branches, afin qu’elle ne puisse pas tomber, tandis que son extrémité, terminée par une étoile, était placée à sa cime.
Ainsi déguisé, Guilthias se sentit un peu idiot. Mais bien vite, il eut l’impression d’entendre de drôles de paroles, des paroles sortant de cette étrange guirlande. Il apprit alors qu’elle n’était autre qu’une princesse maudite par une sorcière jalouse de sa beauté, et qu’à chacun de ses anniversaires, son peuple avait pris pour coutume de la faire paraître sur le plus beau piédestal qui soit. Mais n’ayant plus de royaume, son père avait choisi le plus bel arbre qu’il ait pu trouver.
A mesure que la princesse et le sapin faisaient connaissance, celle-ci sous sa forme de guirlande fit de plus en plus de lumière, apportant espoir et réconfort aux membres de sa famille et chassant les ténèbres de la déprime grâce à son bonheur naissant.
Puis le temps faisant son œuvre, à force de communiquer ensemble et de rêver à deux, les deux êtres maudits s’éprirent éperdument l’un de l’autre. L’amour qui émanait d’eux eut pour effet de rompre le sortilège dont ils avaient été victimes, et par enchantement, ils retrouvèrent leur apparence humaine.

De leur amour naquit le puissant royaume de Mornesterne : un royaume qui serait le défenseur du bien et de la bonté, un pays altruiste et droit qui se distinguerait par sa capacité à aimer son prochain, une contrée dans laquelle bien des siècles plus tard, il serait toujours de coutume, lors du dernier mois de l’année, de décorer les sapins avec des guirlandes pour symboliser la vie et l’espoir qui perdurent malgré les hivers les plus froids.


Derhiom

Posted by Kaliom L. on juil 22, 2008

Voici une courte nouvelle, plutôt proche d’un conte. Elle date de décembre 2006, et elle inaugure donc la section nouvelles de ce blog. Comme elle est pas super super à lire en html, je vous conseille de cliquer sur ce lien derhiom pour télécharger un pdf qui sera bien plus agréable à lire. Sinon pour éviter tout plantage avec votre navigateur, faites “enregistrer la cible sous” en cliquant sur le lien.

En espérant que ce texte vous plaira :)

Derhiom
 
Lorsque l’on parle de la cité maritime de Derhiom, ville principale du royaume portant le même nom, on fait le récit de ses hautes murailles, de son immense port taillé dans la pierre, des nombreux bateaux de guerre semblant toujours prêts au combat. Les ménestrels parlent d’une forteresse grise et poussiéreuse, dominée par un esprit militaire et suspicieux. Un endroit très peu ouvert à autrui.
Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi.

Il y a bien longtemps, Derhiom était des plus paisibles, située entre l’océan et les hautes montagnes qui s’étendent jusqu’au royaume de Mornesterne. La population qui y vivait, était des plus pacifistes. Sous le règne du roi Hallion, le petit pays prospérait, vivant essentiellement de la pêche et des récoltes. Il n’y avait alors aucun rempart pour se protéger des envahisseurs, et encore moins de bateaux de guerre.
Hallion, était alors un roi plein de compassion, et il portait beaucoup d’attention à ses sujets, passant des journées entières à écouter les doléances de ceux-ci, en occupant d’autres à entretenir de bonnes relations avec les différentes puissances de la région. Il était si consciencieux dans son labeur, qu’il en oubliait tous les plaisirs de la vie. Son royaume étant sa raison d’être, il ne prêtait guère d’attention aux femmes, ne buvait que peu, et l’on racontait partout à qui voulait l’entendre qu’il ne savait pas se divertir.
La rumeur enfla tellement, qu’un jour le premier de ses conseillers vint à lui faire remarquer que le peuple s’inquiétait de le voir seul si souvent. La crainte de voir la lignée d’un si bon roi disparaître animait les conversations dans les tavernes et les foyers. Aux yeux des Derhiomans, il était de première importance que leur souverain soit heureux. C’était la moindre des choses pour l’homme qu’ils considéraient comme leur bienfaiteur et protecteur.
Hallion, éprouva à l’égard de tout ceci beaucoup de fierté. Après tout, combien de roi pouvait-il se vanter d’avoir des sujets prenant inquiétude de leur santé ?
Le premier conseiller acquiesça, lui proposant alors de prendre une partie des responsabilités du pays, pour que son monarque bénéficie de plus de temps pour trouver sa promise. Mais Hallion repoussa cette idée, et pendant bien des mois, il se concentra comme toujours sur son travail. D’autant que des nouvelles parlant de guerre se faisaient de plus en plus régulièrement entendre. Conscient de la faible capacité de défense de son royaume, il se mit donc à convoquer des maîtres d’armes, mais aussi des chevaliers de renom, des bardes, des architectes, ainsi qu’une enchanteresse.
Les échos parlant de villages pillés et brûlés se multipliaient à une vitesse hallucinante. Bien que Derhiom fut encore bien loin de ces lieux de massacre, tout laissait à penser qu’il fallait ériger de grandes défenses autour de la ville principale pour se protéger d’un ennemi terriblement puissant. Hallion ordonna donc le début de la construction d’une muraille, tandis qu’une armée devait être rassemblée parmi les jeunes hommes du royaume.
Pendant ce temps, il passait également de longs moments avec l’enchanteresse, une femme pleine de clairvoyance qui lui enseignait l’art de défendre une cité. Lui contant d’une voix charmante les récits de la grande guerre contre Valkan, la chute de Tardoff et bien des choses pleines de sagesse.
Alors, le premier conseiller proposa à nouveau à son roi de prendre sous sa charge une partie des responsabilités du pays. Hallion, étant débordé, accepta finalement, d’autant que cela lui permettait de passer plus de temps avec la magicienne.
Il vécut alors un de ses rares moments de vie, où tout semblait lui sourire. La politique de son royaume se menait sans difficulté. Le conseiller faisant miracle en le déchargeant de beaucoup de soucis, tandis que son coeur de souverain cédait sans cesse davantage au charme de l’enchanteresse.
Hallion s’oublia dans une sorte de rêve pendant bien des mois, chaque jour éloignant de sa mémoire ses anciennes responsabilités, si bien qu’il en venait à de moins en moins surveiller que l’on obéisse à ses ordres. Se pensant entouré de gens de confiance, il estimait pouvoir se concentrer sur la femme qu’il percevait comme celle de sa vie.
Naïf, comme on l’est quand on aime véritablement, il voyait le bien partout, se levant avec le sourire aux lèvres et des espoirs plein la tête. L’existence lui paraissait alors belle et parfaite. Même les rumeurs de guerre ne pouvaient entacher sa bonne humeur, certain qu’il était qu’une épaisse muraille avait été construite, et que son armée était prête à défendre ardemment le royaume.
Mais lorsque l’enchanteresse le quitta sans raison apparente, il réalisa alors à quel point il avait failli à son devoir. Le grand mur protecteur qui aurait dû être bâti, était à peine plus avancé qu’il y a quelques mois, et son armée n’était même pas équipée pour un combat de corps à corps. Où étaient donc les armures qu’avait promis le premier conseiller ? Et les épées ? Et les boucliers ? Sans oublier les maîtres d’armes qui auraient dû forger l’habilité des soldats Derhiomans ?
En plus de cela, Hallion réalisa en se penchant davantage sur les affaires de la cité que de nombreux marchandages avaient eu lieu sans qu’il soit tenu au courant.
Du rêve, il venait de passer au cauchemar ! Tout ce qui allait bien hier tombait en ruine aujourd’hui, et pour couronner le tout, les rumeurs annonçant la venue de l’armée ennemie laissaient à penser que l’attaque était imminente !
Le souverain, hors de lui, tenta tant bien que mal de redresser la situation, envoyant des messagers quérir de l’aide aux royaumes voisins, envoyant ses plus grands navires soudoyer les services du plus grand nombre de mercenaires dans les ports alentour, relançant la construction de la muraille, et armant comme il pouvait des soldats recrutés à la va-vite. Il essaya également de limoger son premier conseiller, mais celui-ci ayant pris depuis trop longtemps les rênes du pays, était devenu indispensable pour parvenir à gérer convenablement Derhiom. Le temps manquant, Hallion ne pouvait se permettre d’en perdre encore davantage.
Mais la guerre éclata et les intrus du nord se faufilèrent sans difficulté dans les terres sans défense. L’armée des Derhiomans résista aussi bien qu’elle put, mais face à des hommes dont le combat était la vie de tous les jours, ils furent rapidement réduits en pièce, quand les soldats ne se mettaient pas simplement à fuir l’assaillant. La ville fut pillée et les maisons partiellement brûlées, le château lui-même n’était plus sûr. Triomphants, apparurent dans les rangs ennemis, côte à côte, le premier conseiller et l’enchanteresse, tous deux à la botte de l’envahisseur, qui leur avait promis de régner sur les restes de Derhiom en échange de leur trahison.
Hallion pleura alors de rage devant son impuissance et sa bêtise. Comment avait-il pu faire si ouvertement confiance ? Comment avait-il pu délaisser son devoir pour l’amour d’une enchanteresse ? Pourquoi n’avait-il pas été suffisamment observateur pour se rendre compte de ce qui se passait ? Pour s’apercevoir qu’on était en train de laisser pourrir ce qu’il avait mis tant de coeur à construire ? Par sa faute, son peuple souffrait et mourait !
Sortant l’épée, il se jeta dans la bataille, mais l’on raconte que ce fut à cet instant que dans le lointain, de nombreux cors retentirent : Les immenses bateaux chargés de ramener les mercenaires venaient tout juste de faire leur apparition dans l’aube naissante, avec à leur bord des centaines et des centaines de guerriers prêts à combattre pour Derhiom en échange d’or. Dans un même temps, une lourde armée constituée d’hommes de royaumes voisins s’était rassemblée pour venir en aide à Hallion.
Les envahisseurs du nord se retrouvant soudainement en sous nombre furent alors tous décimés, ou mis en fuite.

* * *

Derhiom et Hallion échappèrent donc ce jour-là à la destruction. Mais malgré cela, jamais la méfiance du roi ne disparut, et comme par désir de revanche, il fit en sorte que la ville de Derhiom soit reconstruite dans une logique guerrière. Les Derhiomans érigeant au fil du temps la plus puissante des cités maritimes, une cité imprenable dont le port était gardé par de puissants vaisseaux de combats, mais aussi par de larges murailles équipées de machines complexes pour répliquer à n’importe quel agresseur.
La ville était si marquée par la trahison qu’avait connu son roi, que tout son peuple semblait devenir le reflet de son coeur blessé. Car Hallion n’offrait jamais sa confiance. Il était à présent un homme froid et réfléchit, faisant preuve d’une méfiance dépassant l’entendement. Il ne donnait son aide que lorsqu’il était certain de pouvoir se protéger contre toute traîtrise. Ses espions observaient de près les agissements de ses plus fidèles alliés, et on raconte qu’il ne dormait jamais sans avoir une épée à portée de main, et une dague sous son oreiller.
Par la force des choses, il eut des héritiers auxquels il enseigna de rudes leçons, leur transmettant sa paranoïa. Puis avant de mourir, il dirigea l’expédition marine qui s’en alla éradiquer les peuplades barbares des îles du nord.
Mais même après cela, son coeur ne parvint pas à étouffer sa rancoeur. Et comme on lègue des biens à sa famille, il offrit en héritage au peuple de Derhiom, des siècles et des siècles de colère. Les Derhiomans semblant toujours prêts à combattre, et offrant leur confiance aux étrangers que très rarement.
On dit pourtant, malgré cela, que bien que leur amitié soit difficile à gagner, il n’y a pas plus fidèles alliés que les Derhiomans, car ils sont francs et loyaux, et surtout connaissant les méfaits de la trahison : ils prennent garde de ne jamais trahir la confiance d’autrui !